IA et productivité : la technologie peut-elle sauver des marchés du travail stagnants ?
La croissance de la productivité est la variable la plus importante pour le niveau de vie à long terme. L'IA est-elle enfin à la hauteur, ou s'agit-il d'un autre cycle de battage médiatique ?
De temps en temps, une technologie arrive avec la promesse de transformer la productivité — la production par heure de travail. La productivité est le moteur silencieux de la prospérité : elle détermine si les salaires peuvent augmenter sans inflation et si une société vieillissante peut maintenir son contrat social. La question est de savoir si l'IA est la prochaine technologie à usage général, ou une autre déception surexposée.
Le problème de la productivité
La croissance de la productivité dans les économies avancées est faible depuis deux décennies. Les gains de la fin des années 1990 et du début des années 2000 — portés par Internet et les logiciels d'entreprise — se sont estompés après la crise financière mondiale. Depuis lors, la production par heure a atteint en moyenne à peine plus de 1 % par an aux États-Unis, et encore moins en Europe et au Japon. Avec des marchés du travail qui se contractent dans tout le monde développé, cette stagnation est devenue une urgence macroéconomique.
L'IA est-elle différente cette fois ?
Le scénario optimiste est que l'IA générative est une véritable technologie à usage général, qui se diffuse dans tous les secteurs. Les premières preuves sont encourageantes dans des domaines spécifiques : le développement de logiciels, le support client et la revue de documents juridiques ont tous montré des gains d'efficacité mesurables de 20 à 40 % dans certaines tâches de travail du savoir.
Le scénario sceptique est que ces gains restent trop étroits pour faire bouger les chiffres agrégés. Le paradoxe de la productivité — l'écart entre la capacité technologique et l'impact économique mesuré — a déjà trompé les prévisionnistes. La diffusion prend du temps : le dividende complet de l'électricité et d'Internet a pris des décennies, car il nécessitait un investissement complémentaire dans les compétences et la réorganisation des entreprises.
La question du marché du travail
L'incertitude la plus profonde est distributionnelle. Contrairement aux technologies précédentes, l'IA concurrence directement le travail cognitif — le genre de travail longtemps protégé de l'automatisation. La transition pourrait déplacer les emplois de bureau à qualification moyenne, même si elle crée de nouveaux rôles exigeant des capacités différentes.
Notre point de vue est que l'IA finira par apparaître dans les statistiques de productivité, mais avec un décalage mesuré en années, pas en trimestres. Les économies qui s'adaptent le plus rapidement — grâce à la reconversion et à l'investissement en capital — en capteront les gains. Pour les investisseurs, le boom de la productivité, lorsqu'il arrivera, sera le vent arrière macroéconomique le plus important de la décennie.