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Central Banking · Independent Analysis

Stratégie de l'euro numérique : tokenisation et avenir de la monnaie de banque centrale

Piero Cipollone, de la BCE, explique comment un euro numérique et une infrastructure de règlement tokenisée visent à préserver l'unicité de la monnaie face à la transformation numérique.

Source: ECB

La BCE place la monnaie de banque centrale au cœur d'un système financier en pleine numérisation. Dans un discours d'octobre 2026, Piero Cipollone, membre du directoire, a soutenu que la question n'est plus de savoir si les paiements et la finance deviendront numériques, mais comment préserver la confiance, la stabilité et l'unité de la monnaie.

Faits clés

L'Europe manque d'une solution de paiement numérique couvrant tous les pays de la zone euro. Deux tiers des paiements par carte dépendent de réseaux internationaux, et 13 des 21 pays de la zone euro n'ont pas de système national. Les solutions nationales ne passent pas les frontières sans co-badging. Les transactions transfrontalières ne représentent qu'environ 5 % du marché.

La BCE agit sur deux fronts. Pour le détail, elle prépare un euro numérique : une monnaie de banque centrale pour les paiements quotidiens, en ligne et hors ligne, pour les transferts entre particuliers, le commerce en ligne et les magasins. La BCE ne servira pas les clients finaux ; les banques et prestataires agréés le distribueront. L'Eurosystème prendra en charge les coûts d'infrastructure et ne facturera ni frais de réseau ni frais de traitement.

Pour les marchés de gros, la BCE développe Pontes pour régler en monnaie de banque centrale les transactions tokenisées, et Appia pour façonner l'écosystème de la finance tokenisée avec les acteurs du marché.

L'euro numérique est conçu comme un moyen de paiement, non un investissement : pas de rémunération, des plafonds de détention et des mécanismes de cascade reliant les avoirs aux comptes bancaires pour que les gros paiements puisent la différence dans un dépôt bancaire.

Analyse

Le cadre de Cipollone est remarquable par ce qu'il n'est pas : une tentative de préserver le système monétaire à deux niveaux où monnaie publique et privée coexistent, la monnaie de banque centrale servant d'actif de règlement sans risque qui ancre la convertibilité à parité.

Cet ancrage est essentiel pour la transmission de la politique monétaire et la stabilité financière. Si la finance tokenisée se développe sur des plateformes fermées et incompatibles sans actif de règlement sûr, la fragmentation pourrait affaiblir l'unicité de la monnaie : un euro ne vaudrait plus toujours un euro. La BCE avertit aussi qu'une dépendance excessive aux infrastructures étrangères érode la résilience et la souveraineté monétaire.

Le modèle économique se veut favorable au marché : infrastructure publique, normes ouvertes, pas de frais de réseau, et réutilisation des normes techniques européennes existantes avec des organismes tels que l'European Card Payment Cooperation, nexo standards et le Berlin Group. La BCE salue aussi une plateforme privée d'interopérabilité permettant aux solutions de partager des clients, sans étendre l'acceptation nationale.

Implications

Pour les banques et prestataires, l'euro numérique pourrait servir de couche d'acceptation commune et de plateforme pour déployer leurs offres, réduisant les coûts d'adoption via le co-badging. Pour les investisseurs, l'infrastructure de paiement européenne devient une priorité politique, avec des conséquences pour les réseaux de cartes, les fintechs et les acteurs du règlement. Pour les décideurs, les plafonds et l'absence de rémunération sont des garde-fous explicites contre la fuite des dépôts, répondant à la principale objection de stabilité financière. Le processus législatif déterminera les modalités finales, dont la compensation des distributeurs.

FAQ

Qu'est-ce que l'euro numérique ?

Une forme numérique de monnaie de banque centrale pour les paiements de détail dans la zone euro, distribuée par les banques et prestataires, non par la BCE.

Remplacera-t-il les espèces ou les dépôts ?

Non. Il complète les espèces et les solutions privées, avec des plafonds et sans rémunération pour décourager l'investissement et réduire le risque de fuite des dépôts.

Que sont Pontes et Appia ?

Pontes est l'initiative de la BCE pour régler en monnaie de banque centrale les transactions de gros tokenisées ; Appia est son travail collaboratif avec le marché pour façonner l'écosystème de la finance tokenisée.