Le patron de HSBC met en garde sur le financement des centres de données alors que la dette liée à l'IA s'envole
Georges Elhedery, directeur général de HSBC, juge l'IA transformatrice mais appelle les investisseurs à la prudence sur la qualité des locataires et la tarification des contrats des centres de données, alors que l'endettement des hyperscalers redessine les marchés du crédit.
Source: CNBC Finance
Alors que la BCE maintient une posture prudente face à une inflation persistante et que les rendements des OAT françaises restent élevés, les propos du patron de HSBC rappellent que la dette liée à l'intelligence artificielle devient un enjeu de stabilité financière bien au-delà des États-Unis.
Faits clés
Le directeur général de HSBC, Georges Elhedery, a déclaré à CNBC que l'IA sera « transformatrice », améliorant la productivité des employés et aidant la banque à repenser ses opérations. Côté investissement, il appelle toutefois à la sélectivité : les prêteurs doivent évaluer la qualité des baux et la tarification des contrats de centres de données, certains étant solides, d'autres beaucoup plus fragiles.
HSBC, qui détient près de 3 000 milliards de dollars d'actifs et ambitionne de servir des écosystèmes en croissance rapide, dont les centres de données, finance et exploite lui-même ces infrastructures.
McKinsey estime que les dépenses mondiales en centres de données pourraient approcher 7 000 milliards de dollars d'ici 2030. Les grandes technologiques se tournent de plus en plus vers le crédit privé et les marchés obligataires pour financer la construction. Mohamed El-Erian, d'Allianz, note que les hyperscalers ont levé environ 200 milliards de dollars d'obligations l'an dernier et pourraient en lever près de 1 000 milliards cette année, les décrivant comme insensibles aux rendements et aux spreads car ils parient sur une technologie transformatrice. JPMorgan Chase projette 4 100 milliards de dollars d'émissions de dette liées à l'IA d'ici la fin de la décennie. Les rendements souverains de plusieurs grandes économies ont atteint en 2026 des plus hauts de plusieurs décennies, sous l'effet de déficits élevés, de refinancements à des taux plus hauts, d'une inflation persistante et de banques centrales restrictives.
Analyse
La distinction d'Elhedery entre la technologie et les actifs qui l'hébergent est centrale. L'adoption de l'IA peut accroître la productivité d'une économie même si certains projets de centres de données déçoivent. Le crédit aux infrastructures, lui, ne vaut que par les flux de trésorerie sous-jacents, qui dépendent de la solvabilité des locataires et de la durée des contrats.
Le contexte macroéconomique accentue ce phénomène. Les États absorbent une large part de l'épargne mondiale pour refinancer leur dette à des taux élevés, tandis que les hyperscalers émettent des volumes records d'obligations. Ces emprunteurs, qui visent une taille stratégique plutôt qu'un spread, peuvent évincer des émetteurs plus sensibles aux prix, maintenant les coûts d'emprunt à un niveau élevé pour tous les autres.
Il en résulte un marché à deux vitesses. Les titres d'hyperscalers de qualité investment grade trouvent facilement preneurs ; les opérateurs plus petits et les développeurs endettés pourraient peiner, et les prêteurs accordant du crédit sur une capacité spéculative pourraient subir des pressions de refinancement si la demande ou les prix s'affaiblissent. Qu'un banquier signale publiquement la qualité des locataires indique que les normes de souscription, et non l'enthousiasme, détermineront qui survivra au cycle.
Implications
Pour les investisseurs, le message plaide pour la sélectivité : l'exposition à l'IA via des plateformes riches en liquidités diffère fondamentalement de celle via des infrastructures endettées. Les investisseurs crédit devraient surveiller les calendriers d'émission, la dispersion des spreads et les conditions de bail. Pour les politiques publiques, l'abondance d'émissions d'entreprises et souveraines complique les perspectives d'inflation et limite la marge de manœuvre des banques centrales. Pour les banques, le crédit aux centres de données est attractif mais exige une diligence rigoureuse — ce qui pourrait ralentir les projets marginaux et récompenser les opérateurs aux locataires solides.
FAQ
Pourquoi la qualité des locataires est-elle si importante dans le crédit aux centres de données ?
Parce que le remboursement des prêts dépend des flux de trésorerie des baux à long terme. Si un locataire est faiblement capitalisé ou si les contrats sont courts et renégociés à la baisse, la valeur de l'actif et les perspectives de recouvrement du prêteur se détériorent rapidement.
Les obligations des hyperscalers menacent-elles les autres emprunteurs ?
Elles ajoutent une offre substantielle sur les marchés du crédit. Comme ces émetteurs sont relativement insensibles aux spreads, ils peuvent absorber une demande qui aurait autrement financé des entreprises plus sensibles aux taux, maintenant les coûts de financement élevés.
Le thème de l'investissement dans l'IA est-il surévalué ?
Pas nécessairement. La technologie peut encore transformer la productivité ; la prudence porte sur les structures de financement et l'économie des actifs, où les rendements varieront fortement selon les projets et les opérateurs.
Ce que cela signifie pour les lecteurs français
La vigilance sur la qualité des locataires et la tarification des contrats vaut aussi pour les investisseurs européens exposés à la dette d'infrastructures numériques. Avec des taux longs qui restent élevés en France et dans la zone euro, la sélectivité dans le crédit lié à l'IA sera déterminante pour éviter les mauvaises surprises.